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Maintien de l'autonomie

Pour le suicide assisté et des services d’accompagnement à la mort

7 février 2017

Vivre, c'est aussi accepter de mourir. Alors même que la très grande majorité de nos concitoyens souhaitent mourir à domicile, l'hospitalisation de la fin de vie ne cesse de progresser. Alors même que la plupart de la population n'approuve pas l'acharnement thérapeutique, il est difficile dans notre démocratie d'avoir un débat serein sur la fin de vie. Il est de notre devoir de mutualistes d’agir, avec les acteurs du mouvement social.

Il est étrange de constater que dans notre pays, la France, les débats sociétaux déclenchent autant de passion, voire d’hystérie à certains moments. Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’appréhender ces questions de manière factuelle, pragmatique, sans rajouter de la doctrine là où il n’y a peut-être pas lieu d’en mettre ? Souvenons-nous des mots de haine proférés contre Simone Veil lors des débats pour légaliser l’interruption volontaire de grossesse en 1975. De la tension au moment où Claude Evin a rétabli la pilule abortive RU486 contre les lobbies « prolife », des manifs anti-Pacs, des stigmatisations LGBT-phobes autour du mariage pour tous… Sans parler de violence, il suffit de citer l’exemple de la bioéthique pour rappeler combien il est difficile de faire exister une débat démocratique dépassionné.

D’autres pays européens affrontent ces sujets de manière apaisée. Une majorité, une opposition, des contradicteurs débattent et argumentent. La loi pour le mariage pour tous adoptée après référendum par la très catholique Irlande n’a pas engendré les crispations françaises. La Belgique a su légaliser l’euthanasie.

En France, nous devons avancer masqués sur la procréation médicalement assistée (PMA) pour tous les couples et toutes les femmes quelle que soit leur situation personnelle, sur les lois de bioéthique, l’utilisation des données de santé, l’accompagnement de fin de vie, du soin palliatif jusqu’au suicide assisté… Bien d’autres débats éminemment politiques, au sens noble du terme, n’émergent pas sur la place publique et restent confinés aux cénacles d’experts. Par manque de courage de nos responsables politiques et du fait de nos passions immatures, le peuple se retrouve ainsi dépossédé de ces questionnements fondamentaux, aussi essentiels soient-il à la construction des compromis et des consensus collectifs qui forgent notre vivre ensemble.

Nous n’avons pas le droit de jouer la politique de l’autruche. Alors, face aux défaillances de l’espace politique traditionnel, ne serait-ce pas au mouvement social, c’est-à-dire à la Mutualité, avec les associations et les autres corps intermédiaires, de s’organiser en pariant sur l’intelligence collective et l’émancipation citoyenne ?

« Nous défendons la liberté de nos adhérents et leur droit de décider en conscience leur projet de vie. »

La Mutualité est légitime à agir car son rôle est la protection des personnes, y compris de leurs intérêts moraux. Et parce que nous avons la connaissance et l’expertise des questions de santé, en tant qu’assureur, gestionnaire de services de soins et d’accompagnement mutualistes, acteur de prévention, acteur du mouvement social. Nous devons nous en emparer car ils nous interpellent sur nos missions et nos actions. En effet, nous défendons la liberté de nos adhérents et leur droit de décider en conscience leur projet de vie et nous les aidons concrètement à mettre en œuvre leurs projets de vie.

Aussi, au nom de quoi pourrions-nous respecter leur choix, leur libre arbitre lorsqu’il s’agit de la manière de vivre mais pas lorsqu’il s’agit de la manière de mourir ? Derrière quelles justifications religieuses, philosophiques ou politiques peut-on se retrancher ? Décider sa mort appartient à chacun. Cela relève de la sphère privée et le cadre public, institutionnel et politique, doit permettre d’exprimer son désir et de l’accomplir. La société ne doit jamais craindre d’accorder trop de libertés, si celles-ci n’altèrent en rien la vie et la liberté des autres.

La loi dite Léonetti, qui permet d’éviter l’acharnement thérapeutique, est indispensable mais insuffisante. Elle rend possible l’interruption d’un traitement depuis 2005 et, depuis 2008, il est possible de recourir à des formes de sédation pour éviter la douleur. Indispensable, elle a permis d’accompagner la fin de vie de personnes en souffrance dans le respect et la dignité. Insuffisante, elle ne répond pas à de trop nombreuses situations dramatiques car elle n’intervient que dans les cas où les personnes concernées ont formulé des directives écrites sur leur propre fin de vie.

« Ce qui importe, c’est de rendre sereins les derniers jours, les dernières heures, en respectant le mieux possible le souhait des personnes. »

Le suicide assisté compléterait utilement la loi Léonetti. Si la question de l’euthanasie est en effet complexe en ce qu’elle pourrait induire dans l’esprit des certains le risque d’une application non pour des raisons médicales mais économiques, le suicide assisté pourrait être légalisé en tant qu’expression de volonté, de pleine conscience. Il reviendrait aux individus de savoir s’ils souhaitent ou non user de cette liberté nouvelle. Celles et ceux qui s’y opposeraient n’en auraient bien entendu aucune obligation. Simplement, la société permettrait à chacun d’envisager avec sérénité le jour où ils ne voudraient plus poursuivre leur parcours, en sachant qu’alors ils seraient libres de décider.

Car ce qui importe, c’est justement de rendre sereins les derniers jours, les dernières heures, en respectant le mieux possible le souhait des personnes : en permettant leur retour à domicile, en préservant un peu de temps pour les proches. Cet accompagnement vers la mort ne doit pas être systématiquement médicalisée et le cadre hospitalier sanitaire, aseptisé, n’est pas forcément le cadre idéal. Il est probablement nécessaire, en revanche, de développer encore plus les équipes mobiles pour soulager la douleur physique et psychique avec des soins palliatifs et apporter un soutien humain.

Mutualistes, nous devons être aux côtés de nos adhérents dans ce moment particulier, eux qui nous ont fait confiance depuis leur naissance, parce que la mort fait partie de la vie de manière pleine et entière. Il nous incombe de revendiquer la liberté du suicide assisté et de réfléchir au travers de nos services de soins et d’accompagnement mutualistes (SSAM) à la création des services d’accompagnement à la mort.

Éric Chenut
Militant mutualiste