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Accès aux soins

Santé : de la logique comptable à la qualité des soins

15 mars 2017

Le coût du système de santé est au coeur du débat présidentiel, au détriment souvent de la prise en charge du patient. Quelques mesures simples, comme la délégation de tâches du médecin à d'autres professionnels de santé, permettraient pourtant de faire des économies de santé tout en améliorant la qualité des soins.

L’élection présidentielle a le mérite tous les cinq ans de remettre sur la table les projets des candidats sur la santé, préoccupation numéro 1 des Français.
Même si le sujet peut paraître oublié, il n’en reste pas moins abordé par nos politiques, parfois caricaturé et fait débat dans l’opinion publique comme lorsque l’on aborde le financement du « petit risque » et le rôle de l’assurance maladie dans la prise en charge global du patient.


On le voit bien dans le débat électoral d’aujourd’hui, ce qui est au cœur n’est pas tellement la qualité des soins ou la prise en charge du patient mais plutôt le coût du système de santé et la prise en charge de différentes prestations. Petits florilèges des propositions : 20 milliards d’économie pour certains, 15 pour d’autres, moins d’hôpital, plus de ville, une carte vitale biométrique…

Mais quid de la qualité des soins et des professionnels de santé qui œuvrent chaque jour auprès des patients ? Rien. La logique souvent comptable et administrative prime.

Alors loin de nier les problèmes de coût du système de santé et la nécessité de le préserver en étant tous responsables, la question de la qualité des soins et du parcours de prise en charge du patient doit être abordée. D’autant plus que celle-ci, in fine, peut permettre des économies importantes.
Prenons un exemple, la prise en charge d’un patient âgé en milieu rural. Confronté au problème de la  désertification médicale et à un territoire parfois défavorisé, le patient ne dispose pas toujours de la même qualité d’accès aux soins. Conséquence : ce problème d’organisation des soins le conduit irrémédiablement à l’isolement, à la perte d’autonomie avec des solutions  intermédiaires nécessaires (logements adaptés, résidence autonomie) qui, dans ces territoires, sont rares ou inexistantes.

« L’idée n’est pas de remplacer le médecin ou de se substituer à ses talents de cliniciens hors pair. Mais de travailler à ses côtés afin de le décharger de tâches annexes et lui permettre de se concentrer sur le patient. »

A quels constats l’organisation des soins au niveau des territoires est-elle confrontée ? Les mesures incitatives à l’installation des médecins sont un échec. Les maisons de santé représente une bonne solution mais ce n’est pas la panacée. L’exercice pluriprofessionnel est un exercice nécessaire et intelligent. Les dispositifs spécifiques comme les PAERPA (le parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d’autonomie) doivent encore faire leurs preuves.

L’intelligence se situe peut-être ailleurs, combinant des solutions et des économies pour le système. C’est le cas des délégations ou des transferts de tâches. Pourquoi ne pas s’appuyer sur des professionnels de santé sous-utilisés et bien formés comme les infirmières, les sages-femmes, les pharmaciens ?
Une infirmière libérale connaît parfaitement sa patientèle et le terrain. Pourquoi ne pas lui confier de nouvelles missions ? Pourquoi ne pas s’appuyer sur des sages-femmes en milieu rural pour une prise en charge plus globale de la femme enceinte ? Quid du rôle des officines de pharmacies avec un ancrage territorial fort, parfois dernier accès aux soins de premier recours d’un territoire ?

L’idée n’est pas de remplacer le médecin ou de se substituer à ses talents de cliniciens hors pair. Mais de travailler à ses côtés afin de le décharger de tâches annexes et lui permettre de se concentrer sur le patient.
Ces idées ne sont pas neuves. Elles sont largement développées dans des pays voisins ou plus lointains. Citons le Canada par exemple où le rôle du pharmacien depuis la loi 41 est considérablement élargi.

Les Etats-Unis ou les infirmières cliniciennes ont un rôle important dans la prise en charge du patient avec des missions élargies. Nous pourrions citer aussi le Portugal, le Royaume-Uni, les pays du Nord.

En conclusion, deux idées simples :

  • une délégation de tâches avec un coût moindre pour la collectivité et finalement un élargissement du rôle des professionnels,
  • sans négliger la qualité des soins par une évolution de la  formation initiale et continue de ces professionnels de santé, à l’heure où nous avons encore du retard sur les praticiens cliniciens.

Kévin Phalippon
Pharmacien