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Santé du futur

La révolution digitale au service d’un projet humaniste

13 mars 2017

Le mutualisme propose un modèle de régulation qui dépasse l’intérêt personnel et permet aux individus de se protéger, mais aussi de dessiner un projet sociétal dans lequel la solidarité entre les membres est au service de l’accès aux soins de chacun. Le mouvement mutualiste doit aujourd’hui affronter trois défis face auxquels la révolution numérique et digitale à l’œuvre peut constituer de nouvelles opportunités.

Pour certaines activités humaines, l’économie de marché, en étant fondée exclusivement sur la satisfaction individuelle, se révèle impuissante à résoudre les problèmes contemporains d’une société moderne. Il existe en effet des secteurs d’activités dans lesquels la recherche de la satisfaction individuelle ne peut constituer l’unique finalité, et pour lesquels il est nécessaire de fixer un autre horizon. La protection sociale  fait partie de ces secteurs.La marche en avant d’une société moderne et démocratique suppose que l’ensemble des individus puisse être sécurisé dans leur parcours de vie, et pas seulement en raison du bénéfice économique que cela génère, mais aussi en raison de la dignité que la protection sociale offre à ces membres.


Le mutualisme propose un modèle de régulation qui dépasse l’intérêt personnel et permet aux individus de se protéger, mais aussi de dessiner un projet sociétal dans lequel la solidarité entre les membres est au service de l’accès au soin de chacun.
Poursuivre cet idéal ne garantit pas néanmoins sa réalisation, le mouvement mutualiste doit aujourd’hui affronter  trois défis face auxquels la révolution numérique et digitale à l’œuvre peut constituer de nouvelles opportunités pour le mouvement mutualiste.

 

« La révolution numérique et digitale propose des innovations pour rendre l’expression démocratique plus représentative et plus vivante. »

Le premier défi consiste à interrompre la lente érosion de la participation militante qui fragilise notre mode de régulation mais aussi le vieillissement de cette population militante qui interroge sur sa représentativité. La vitalité démocratique est une condition nécessaire au bon fonctionnement des mutuelles, car elle garantit un équilibre des forces entre opérationnel et expression démocratique, permettant de définir un itinéraire à la mutuelle.

Probablement est-il nécessaire d’ouvrir une réflexion sur le statut de l’élu (en mutualité) pour inciter à l’engagement collectif ?  Mais n’est-ce pas le temps aussi de réfléchir à d’autres moyens pour  démultiplier l’expression citoyenne ? La révolution numérique et digitale propose des innovations pour rendre l’expression démocratique plus représentative et plus vivante.

Le deuxième défi auquel doit faire face la mutualité réside dans les conséquences de la révolution numérique en cours. Jusqu’à présent, la réponse à l’incertitude de la maladie incitait les individus à se regrouper et à mutualiser pour faire face à ses conséquences. Désormais avec le développement de modèles prédictifs de plus en performants (résultant de l’interprétation du big data), il sera possible de prédire plus finement l’occurrence du risque pour des groupes de personnes.

Cette avancée vers une meilleure connaissance du risque et une mise en œuvre des politiques de prévention efficace ne risque-t-elle pas de menacer la solidarité entre les individus ? N’y a-t-il pas un risque que sans contrainte de la part du législateur les opérateurs segmentent encore davantage leur offre, en proposant des contrats peu onéreux pour des personnes à risque faible ? Et inversement pour les personnes à risque plus élevé ?

« Le deuxième défi auquel doit faire face la mutualité réside dans les conséquences de la révolution numérique en cours. »

Enfin, le dernier défi auquel doivent faire face les mutuelles est la capacité de celles-ci à faire entendre leurs spécificités. Force est de constater que ces dernières années, les gouvernements de droite et de gauche, à force de taxes et de textes législatifs défavorables n’ont pas épargné le secteur. Et de même, de la part du public, le constat d’un effacement des lignes de démarcation entre les opérateurs de la protection sociale n’est plus à faire. L’usage de vocables tels que  « complémentaire », « mutuelle », « assurance »  pour désigner de manière indifférente des acteurs si différents entre eux  traduit bien la perte du repère mutualiste pour beaucoup.

Cet effacement des repères mutualistes pourrait s’accélérer avec la révolution digitale et numérique. L’enjeu face à ces évolutions technologiques n’est-il pas de (re)créer de  la distinction pour éviter d’être ubérisé à l’instar de certains secteurs ? D’ailleurs les arbitrages retenus dans l’exploitation des informations (issues du big data) ne peuvent-ils pas être le moyen d’affirmer la singularité du modèle mutualiste ? De permettre encore davantage aux individus de s’émanciper de leur déterminisme socio-culturel et par la même de faire évoluer leur mode de vie ?

Philippe Chassaing