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Complémentaire santé

Mutualisme : retrouver un récit qui fasse sens

11 avril 2017

Le mouvement mutualiste, pour demeurer en résonance avec l’évolution sociale, doit embrasser ses transformations mais surtout leur donner de l’écho. Aussi, la question est de savoir comment ce mouvement peut ouvrir une nouvelle séquence historique, retrouver un récit qui fasse sens pour les individus ?

L’évolution de nos sociétés témoigne d’une transformation incessante des mobilisations sociales. Les revendications sociales des années 70, qui se structuraient autour de syndicats puissants sans jamais disparaître, se sont enrichies de combats identitaires menés par des associations, au début des années 80. L’évolution des motifs  de revendications illustre le processus d’émancipation des individus de nos sociétés modernes. Les individus ne veulent pas être réduits à leur appartenance sociale, ils sont devenus « pluriels ».


Depuis peu, nous voyons émerger des nouveaux types de revendications liées à l’individu sans faire disparaître pour autant les anciens motifs de revendication.
Au total, il semble qu’il n’y ait pas substitution des motifs mais davantage addition des motifs de revendications. Les revendications salariales coexistent avec les  revendications liées à la reconnaissance des identités.

« La demande croissante d’individuation pourrait apparaître comme une menace pour les solidarités. »

Le mouvement mutualiste pour demeurer en résonance avec l’évolution sociale doit embrasser ces transformations mais surtout leur donner de l’écho. Aussi la question est de savoir comment le mouvement mutualiste peut-il ouvrir une nouvelle séquence historique, retrouver un récit qui fasse sens pour les individus ?

Comme première réponse à cette question, il y a avant tout le projet politique défendu. La demande croissante d’individuation pourrait apparaître comme une menace pour les solidarités. Cependant, la révolution numérique et digitale rend désormais possible de prévoir avec davantage de précisions l’occurrence du risque pour des groupes restreints d’individus. Il devient donc possible de construire avec plus d’efficacité des programmes de prévention plus individualisés. Ces évolutions technologiques poussent en somme à une mutation du système de santé basé sur le soin vers un système plus global, qui prévient et élabore des  programmes de santé plus individualisés. Le mouvement mutualiste en étant un acteur du système a un rôle évident à jouer dans cette évolution tout en affirmant sa singularité.

« Les écarts entre la parole, les promesses et la pratique politiques ont des effets dévastateurs auprès des citoyens. « 

Le deuxième levier sur lequel il est nécessaire d’agir est de susciter l’adhésion des personnes au mouvement mutualiste. L’affaiblissement du sentiment d’appartenance catégoriel comme facteur explicatif à l’adhésion oblige à réfléchir à d’autres leviers. Désormais, les individus apparaissent davantage comme des personnes moins déterminées socialement dans leur engagement si bien que le message politique et la cohérence de celui-ci est doublement nécessaire au moment où il faut convaincre. Il faut donc passer d’une adhésion mécanique à une adhésion plus consciente, plus réfléchie. Rappelons que le projet mutualiste de dessiner un projet sociétal dans lequel la solidarité entre les membres est au service de l’accès aux soins de chacun peut trouver un écho favorable en étant au cœur de l’humanisme dont se réclament les sociétés modernes.

Enfin, comme dernier point et en lien avec le précédent argument, il convient de s’interroger sur le fonctionnement de notre vie démocratique. En plus de se doter de moyens innovants pour être à l’écoute d’adhérents plus variés, ne serait-il pas nécessaire de lui adjoindre aussi une réflexion sur son fonctionnement  démocratique ? On perçoit au quotidien combien la crise de confiance qui frappe nos représentants politiques constitue un danger pour nos démocraties. Les écarts entre la parole, les promesses et la pratique politiques ont des effets dévastateurs auprès des citoyens.

Nous aurions tort de considérer que ces dysfonctionnements ne pourraient être circonscrits qu’à une sphère et que le système, de lui-même, serait en mesure d’apporter les corrections salvatrices. Des actions sont nécessaires pour renforcer le contrôle de nos modes de gouvernance afin d’apporter des solutions dignes à l’ambivalence humaine et cela sans sombrer dans des excès autoritaires. Mais n’ayons aucun doute sur le fait que le mouvement de probité sous la pression citoyenne se propagera tôt ou tard à d’autres milieux.

Philippe Chassaing