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Financement de la protection sociale

Les jeunes veulent être acteurs de la protection sociale de demain

10 février 2017

Le débat pour la présidence de la République a remis sur le devant de la scène politique et sous les projecteurs médiatiques la question de la santé. C'est une occasion rare qui s'offre alors aux citoyens pour réfléchir et mettre en perspective notre modèle de protection sociale. Complexe, il représente un enjeu sociétal majeur dont la jeune génération souhaite se saisir et être totalement partie prenante.

Un défi social. La question du renforcement de notre système de santé se pose aujourd’hui ainsi que celle de la solidarité entre les générations. Notre système de protection sociale est né au sortir de la Seconde Guerre mondiale dans un impératif évident de protection et une impérieuse exigence de reconstruction de notre pays. Bâti en 1945 sur deux piliers essentiels, le travail et la famille, qui ont beaucoup évolué depuis, ce modèle doit être réinterrogé à l’aune de la réalité qui est celle d’aujourd’hui. La question qui se pose alors est de savoir quel système de santé nous voulons pour le XXIe siècle, et de déterminer les moyens à mobiliser dans ce sens.

Répondre à cette question avec les outils d’aujourd’hui n’aurait que peu de sens et ne pas se tourner vers la nouvelle génération pour co-construire avec elle le modèle de santé de demain n’aurait pas non plus beaucoup de sens. C’est la démarche que les jeunes élus mutualistes souhaitent initier en se saisissant de cette question structurant notre société par la valeur noble de solidarité qui fonde notre Mouvement et en interpellant ainsi les candidats à l’élection présidentielle.

Les désengagements progressifs et successifs des pouvoirs publics, la pression réglementaire et fiscale croissante ont provoqué une évolution profonde de notre modèle. En effet, en à peine 10 ans, un phénomène de concentration a réduit de moitié le nombre de mutuelles passant ainsi d’environ 1200 à 600. La segmentation de l’offre, voulue par les pouvoirs publics, est, non seulement, de nature à compromettre le modèle économique des mutuelles mais également et, par voie de conséquence, constitue une nouvelle brèche au principe de solidarité entre les générations alors que les exigences juridiques sont excessives et, à bien des égards, contreproductives.

La jeunesse, fer de lance de ses nouvelles idées

Les mutuelles, quant à elles, enfermées dans des paniers de soins similaires, souffrent du carcan dans lequel on les enferme et d’un modèle qui les met en concurrence sur un seul critère, le prix, ce qui réduit considérablement leur capacité d’innovation alors que leur différence, leur spécificité, leur valeur ajoutée doivent être cultivées au service du bien-être de la population. Rappelons ici que la non-lucrativité portée par le Code de la mutualité est l’ADN des mutuelles, contrairement, par exemple, aux assurances.

« Les jeunes générations sont sensibles aux valeurs de partage, d’entraide, de lien social et sont désireuses de les porter, de les exprimer et ainsi de participer à la construction de la société de demain. »

La jeunesse doit être le fer de lance de ses nouvelles idées car elle en sera le futur bénéficiaire. Un dicton dit que « le jeune chêne ne pousse pas à l’ombre du vieux chêne ». La jeunesse doit construire elle-même le devenir qui sera le sien. Cette mission doit être initiée dès maintenant. La Fédération nationale de la Mutualité Française donne à la jeunesse la possibilité de proposer et de mettre en place de nouvelles idées qui seront demain les nouvelles formes de mutualité. C’est pourquoi, notre Fédération doit être mieux entendue par les pouvoirs publics au regard des valeurs qu’elle défend, bien sûr, mais également et surtout de son rôle effectif d’acteur essentiel de la protection sociale, de l’économie sociale et solidaire, par l’expertise qui est la sienne et son utilité sociale.

Une chance démocratique. Les principes de solidarité, de démocratie, quoi qu’on en dise, bénéficient d’une très vivace actualité. En effet, les jeunes générations sont sensibles aux valeurs de partage, d’entraide, de lien social et sont désireuses de les porter, de les exprimer et ainsi de participer à la construction de la société de demain, dans laquelle elles vont vivre pleinement leur vie d’adulte responsable. Les défis à relever sont si importants qu’ils doivent susciter une prise de conscience collective au service de décisions démocratiquement validées aussi bien dans leurs orientations que dans la mobilisation des moyens pour leur concrétisation.

L’allongement de la durée de la vie, y compris au travail, l’amélioration de l’accès aux soins, la répartition des prises en charge entre l’assurance maladie obligatoire – dont certains souhaiteraient qu’elle se concentre sur les risques graves et les affections de longue durée – et l’assurance maladie complémentaire – qui pourrait, dans cette hypothèse, se concentrer sur les petits risques –, la question de l’hospitalisation, de l’optique et du dentaire mais également plus largement la question du bien-être dont les ramifications en termes de nutrition, de sport, de logement notamment constituent de véritables choix de société, la protection des données de santé, le big data, les objets connectés sont aussi des défis à relever. Et quel autre moment, plus opportun, que celui d’une élection présidentielle pour apporter des réponses à ces questions fondamentales ?

Il faut penser les nouveaux équilibres de demain

La construction d’un projet national ambitieux de protection sociale. Reporter la dette, comme c’est le cas aujourd’hui en raison du déficit qui s’élève à 4 milliards d’euros en 2016 et d’une dette sociale accumulée de 120 milliards d’euros, constitue une vraie entorse à la solidarité nationale. Au-delà de la seule problématique du remboursement, comment mieux organiser le système de santé ? Comment modérer la dépense en remboursant les bons soins au juste prix ? Et ce d’autant que la demande de santé n’a jamais été aussi forte, et le progrès technologique, les médicaments onéreux, le vieillissement, vont continuer d’entraîner des dépenses nouvelles. Or, les déremboursements décidés par les pouvoirs publics, la liberté tarifaire laissée aux professionnels induisant ainsi des dépassements d’honoraires importants sont de nature à ne plus permettre l’équilibre financier du système.

« L’accès aux soins, la liberté d’installation, la désertification médicale, la médecine libérale commandent aussi de s’interroger sur la question de la réorganisation territoriale de notre système de santé. »

Il convient alors de mieux organiser les soins, de modérer les dépenses, de repenser l’organisation des urgences en lien avec celle de la médecine de ville. Un travail doit aussi être mené sur la vaccination qui souffre d’un déficit certain et sur les métiers de la pharmacie qui doivent permettre la permanence des soins. Notre système de santé est davantage considéré et constitue de fait un système de soins plutôt qu’un système de santé. La consommation de soins y est trop boulimique.

Il faut penser les nouveaux équilibres de demain, à l’aube du développement de nouveaux services, notamment numériques, qui appellent de nouvelles mobilisations humaines et financières. Il serait souhaitable, dans ce sens, de travailler plus en amont sur la prévention primaire et développer une vision positive de promotion de la santé plutôt que défensive, encore trop souvent axée uniquement sur le curatif. Ainsi, la médecine scolaire et universitaire est à revaloriser, de même que la médecine du travail, seules médecines spécialisées de prévention qui, malgré les défis considérables qu’elles ont à relever, souffrent d’un manque de moyens et de considération évidents.

L’accès aux soins, la liberté d’installation, la désertification médicale, la médecine libérale commandent aussi de s’interroger sur la question de la réorganisation territoriale de notre système de santé en trouvant de nouvelles articulations entre médecine de ville et hôpital, mais aussi dans la ruralité pour permettre un meilleur accès de tous à la médecine.

Le vieillissement, l’espérance de vie, les conditions de vie décente, l’amélioration de l’hygiène, les progrès en médecine doivent nous pousser à réinterroger la question de l’autonomie, de la dignité dans le vieillissement, la spécificité de cette population de seniors (hébergement, soins, allocations d’autonomie). La santé de l’environnement, certes complexe, mais véritable défi d’avenir, prend en compte la qualité de la vie, conditionnant ainsi le vieillissement, mais interroge aussi sur le legs fait aux générations futures. Ce sont aussi des questions sociétales.

La santé numérique ouvre à l’évidence de nouvelles perspectives pour lesquelles notre système de santé actuel n’apparaît pas des plus performants. La question du suivi des indicateurs biologiques, de la grossesse, des renouvellements d’ordonnance oblige une réforme du système aujourd’hui basé sur la consultation médicale du généraliste en cabinet. Les questions économiques de la protection sociale qui font état de déficits chroniques obligent à prévoir et organiser la sécurisation des ressources de la Sécurité sociale ainsi que la limitation des dépenses, au nom du principe de responsabilité.

L’assurance maladie universelle engendrerait une explosion des coûts

La suppression des mutuelles envisagée par certains constituerait non seulement une casse sociale (85 000 emplois dans la mutualité), mais aussi une fragilisation de l’assurance-maladie obligatoire – dont les mutualistes sont des militants fervents – et une réduction de l’offre de soins à tarifs accessibles. De plus, les actions de prévention menées par les mutuelles ne seraient alors plus assurées. Le modèle mutualiste peut s’enorgueillir d’une bonne gestion saine et à l’équilibre qui propose de surcroît un tiers payant généralisé grâce aux réalisations mutualistes au service de la population que sont les services de soins et d’accompagnement mutualistes : cliniques, cabinets dentaires, centre audio et optiques, Ehpad, logements étudiants, etc.

La question de l’assurance maladie universelle, quant à elle, malgré une présentation séduisante, engendrerait une explosion des coûts qu’il serait très difficile d’une part de maîtriser, mais aussi d’affronter. On le voit, la gratuité des soins dans les hôpitaux est de nature à favoriser un recours inflationniste et déraisonné à la consommation de soins. Rembourser à 100 % les dépenses de santé suppose de répondre à un défi financier insurmontable : cela représenterait un surcoût à ajouter à la dette et aux déficits déjà abyssaux. L’enjeu est de réduire le reste à charge pour faire reculer le renoncement aux soins tout en équilibrant durablement le système. La question de l’organisation de l’offre et des parcours de soins est centrale.

« La question de la solvabilisation des dépenses est majeure également. Il en va de la pérennité de notre système social de protection sociale auquel la population est très attachée. »

Souvent proclamé comme meilleur système de soins au monde par nous-mêmes, il faut admettre que sa lourdeur le rend difficile à manœuvrer et son déficit de réactivité plombe sa capacité d’anticipation. Loin de nier l’immense travail accompli par les professionnels de santé publics ou privés, il convient quand même de relever que des progrès sont à réaliser en matière de prise en charge de certaines pathologies. L’épisode de grippe 2017 a encore pointé quelques faiblesses. Acceptons l’augure et la nécessité de réaliser un bilan objectif de notre système et saisissons l’opportunité de cette élection présidentielle pour l’améliorer.

Affichons une ambition forte et solidaire, donnons-nous les moyens de cette ambition et bâtissons un nouveau contrat social intergénérationnel pour plus de justice sociale et sanitaire.

Bertrand Dupouy
Délégué à la jeunesse et aux mutuelles étudiantes

Mutualité Française