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Complémentaire santé

Le mutualisme n’est pas soluble dans l’assurance

30 octobre 2017

Réduire les mutuelles au métier de la complémentaire santé, c'est nier leur vocation sociale plus large au service de leurs adhérents, à travers notamment la gestion de services sanitaires et sociaux. Dans une tribune, le président de Macif-Mutualité, Jacques Chemarin, appelle les mutualistes à affirmer leur différence par rapport aux acteurs de l'assurance. Il dessine aussi les contours d'une complémentarité renouvelée avec la Sécurité sociale.

Au retour des Journées de rentrée de la Mutualité Française des 28 et 29 septembre à Nancy, auxquelles j’ai participé activement à la préparation, je voudrais ici revenir sur un certain nombre de sujets qui me paraissent importants quant au développement du mouvement mutualiste et dans la perspective du prochain congrès qui réunira les mutuelles en juin 2018, à Montpellier.

Je veux tout d’abord me féliciter de l’esprit de résistance qui aura été celui de notre président, Thierry Beaudet, quand il a exprimé l’opposition de la Mutualité Française aux orientations du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2018. J’aimerais être sûr que nous partagions tous cette position et surtout que notre Fédération s’engagera dans la contestation de mesures qui, à terme, menacent l’existence même du mutualisme.

Je voudrais aussi m’attarder sur l’essence de notre mouvement à l’heure où nous sommes invités à développer l’esprit militant.

Il est des évidences sur lesquelles il nous faut revenir, car la vie des organisations – Bourdieu nous l’a appris – fait qu’elles peuvent parfois s’évanouir au profit des logiques organisationnelles.

Ce sont les mutualistes qui sont la Mutualité et nos mutuelles ne sont que les outils dont ils se sont dotés, à l’origine, pour répondre à des besoins sociaux, élémentaires au départ et de plus en plus complexes avec le temps.

On dit l’économie sociale « fille de la nécessité » : ce sont des éléments de bien-être parfois infimes qui ont donné naissance aux premières sociétés de secours : le linceul, l’orphelin, l’estropié. De bien-être donc, de « buen vivir » tel qu’il est revendiqué par les forums sociaux mondiaux. La santé n’est venue qu’ultérieurement dans les évolutions de la société et de nos structures ; l’idée de complémentaire n’est apparue qu’avec l’émergence d’un système de Sécurité sociale sur lequel je reviendrai. Quant à la notion d’assurance, antithétique à ce que nous sommes fondamentalement, elle ne traduit qu’une défaite dans la bataille des mots, puis des décisions funestes d’anciens dirigeants.

Ce réinvestissement du champ social tel qu’il a été proposé par le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, dès son investiture, ce ne sont que des retours à nos fondamentaux.

L’élargissement du champ de nos interventions, la place confirmée de nos établissements de soins et d’accompagnement, ce réinvestissement du champ social tel qu’il a été proposé par le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, dès son investiture, ce ne sont que des retours à nos fondamentaux. Il faut donc absolument s’engager dans cette voie pour faire valoir clairement notre différence par rapport à ce « marché des assurances complémentaires » dans lequel on voudrait nous enfermer et où certaines de nos structures se sont, hélas, engagées plus que de raison.

Puisque j’évoque ce « marché », je veux revenir ici sur la « marque Mutualité Française », largement évoquée lors de nos Journées de rentrée. Comment faire valoir une « marque Mutualité Française » dans la course à la concurrence dans laquelle nos mutuelles se sont trouvées notamment avec les effets délétères de l’accord national interprofessionnel (Ani) de janvier 2013 et sa soi-disant généralisation de la couverture santé ? Comment faire comprendre le mouvement solidaire que nous sommes censés être quand nous bataillons entre nous et ce sans clairement nous distinguer des autres, institutions de prévoyance et assureurs ?

Si nos documents et affiches portent encore, et parfois de manière trop discrète, le logo fédéral, qu’en est-il, et là je plaide coupable, de nos communications audio et audiovisuelles ? Le mutualisme ce sont, avant tout, des valeurs, des principes, la démocratie et la solidarité, et non des prestations et des tarifs.

Non, nous n’avons pas un métier mais une mission que nous tenons de nos adhérents !

C’est dans ce sens que dans l’atelier que j’animais avec un représentant d’Harmonie mutuelle, nous n’avons pas repris l’affirmation selon laquelle « l’assurance santé est le cœur de notre métier ». Non le mutualisme n’est pas l’assurance ! Non, nous n’avons pas un métier mais une mission que nous tenons de nos adhérents ! « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus.

Je sais que la communication politique est plus astreignante que la publicité, mais si nous ne l’assumons pas, soyons sûr que la vague néo-libérale, aggravée par les politiques actuelles, nous emportera.

S’agissant de communication politique, un autre chantier devrait nous mobiliser. A juste titre, nous nous disons les meilleurs défenseurs d’une Sécurité sociale de haut niveau. Contrairement aux thèses néo-étatistes qui voudraient nous « dégager », je rappelle qu’Ambroise Croizat lui-même reconnaissait le rôle éminent de la Mutualité dans notre système de solidarité et de santé. Mais encore faut-il s’entendre sur l’assurance maladie obligatoire que nous voulons.

Notre mouvement – et là encore il marquerait sa différence –, devrait engager une large campagne de défense de « la Sociale » ; en revendiquant sa gestion démocratique, rognée sans cesse depuis 1967 ; en revendiquant un pacte avec les organisations syndicales pour la défense de la santé des salariés, retraités, chômeurs, mais aussi des travailleurs indépendants. Ensemble, nous pourrions mieux négocier avec les professionnels de santé, pour beaucoup maltraités par le dispositif actuel. Ensemble, nous pourrions mieux résister aux lobbies de l’hospitalisation privée et des entreprises du médicament.

Jusqu’à notre congrès de juin 2018, les mutuelles vont poursuivre le débat ouvert à Nancy. Nous ne devons pas craindre l’expression de divergences entre nous, à condition que toute prise de position soit fondée non sur des intérêts de structures, mais sur la meilleure réponse à apporter à nos adhérents, et plus largement aux femmes et aux hommes de ce pays, en matière de santé et au-delà du bien-être.