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Complémentaire santé

La Mutualité face à la mutation de son environnement

5 mars 2018

La Mutualité demeure un acteur incontournable du système de santé. Malgré l’engagement sincèrement mutualiste de ses dirigeants, les logiques fonctionnelles risquent d’accélérer les tendances à l’ «assurancialisation» pour faire face à la mutation de l’environnement .

Le mouvement mutualiste aura connu ces derniers mois – et est appelé à connaître dans les mois prochains – des mutations qui touchent tant à son positionnement au sein de la protection sociale en France qu’à sa composition interne.

Quant à son positionnement, on peut dire que la Mutualité a plutôt bien résisté. Malgré un léger effritement, elle demeure dans notre pays le premier prestataire de la complémentaire santé et au-delà un acteur irremplaçable de la santé, nous y reviendrons.

Ce n’était pas évident tant certains décideurs voulaient, certains accords programmaient, certains assureurs attendaient un recul de la Mutualité.

Il y avait de la politique dans ces intentions : en tant que principe démocratique et solidaire, la Mutualité apparaît comme un  «archaïsme» au regard du développement résolument libéral de notre société.

Il y avait aussi des parts à prendre dans le «marché» de la protection sociale et de la santé que ce même libéralisme cherche à imposer.

Ainsi, si l’ANI «emploi-compétitivité», dans sa logique paritaire, visait une place plus grande des institutions de prévoyance tout en laissant par le recours aux appels d’offre une place substantielle aux assureurs, la Mutualité a pratiquement maintenu sa prééminence, même si ce fut , certaines fois, au prix de pratiques concurrentielles dangereuses, voire de pratiques «low cost» inconsidérées.

Le risque de la banalisation

En revanche, l’inscription de la Mutualité, voulue par d’anciens dirigeants de la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF) mais pas réellement contestée depuis, dans le cadre très normatif des directives «assurance» de l’Union européenne continue de bouleverser le paysage mutualiste voire de menacer l’essence même de notre mouvement en le banalisant.

De 6.000, chiffre peut-être trop élevé alors, le nombre des mutuelles est aujourd’hui proche de 500 et sans doute moins à l’issue de l’année qui s’annonce.

Cette concentration tient largement aux directives Solvabilité ; mais il tient aussi à des choix de gestion des grandes mutuelles pour les grands systèmes d’information et qui portent une logique «big data/grandes unités».

Le regroupement de mutuelles au sein de grands groupes mutualistes montre la voie, notre mutuelle est elle-même partie prenante d’un regroupement important.

Dans ces mutations, si nous sommes en mesure d’éclairer sur les logiques fonctionnelles autour d’une offre plus riche, plus adaptée, plus sécurisée, nous voyons bien que certaines logiques ont tendance, que nous le voulions ou pas, à nous échapper.

Or, malgré l’engagement sincèrement mutualiste des dirigeants, les logiques fonctionnelles, sans retour constant au politique, risquent d’accélérer les tendances à l’ «assurancialisation» des structures, à la  banalisation des interventions.

Notre Mutualité est, à l’origine, le choix et l’engagement de femmes et d’hommes autour de besoins primaires de solidarité. C’est une composante essentielle d’une économie sociale qui se définit par la propriété collective, la gestion démocratique «une personne, une voix», la non-lucrativité.

Son intervention première est la solidarité, la prise en charge collective de fragments d’une protection sociale qui restait à définir globalement.

Malgré l’institutionnalisation progressive des instances, qui tendent à oublier le mouvement social initial, voire les errements de certains de ses dirigeants, Ambroise Croizat, avec Pierre Laroque, le père de la Sécu, de la Sociale, était le premier à reconnaître la place primordiale de la Mutualité dans le dispositif de santé aux côtés de l’assurance maladie obligatoire (AMO) qui se met en place.

Une Sécu à l’origine à gestion ouvrière, des mutuelles par essence démocratique, les citoyens étaient au cœur du dispositif de la protection sociale.

Comment en sommes-nous arrivés au sentiment global de dépossession que ressentent durement beaucoup d’adhérents, de militants et même des plus conscients parmi les dirigeants ?

Côté AMO, les pouvoirs successifs n’eurent de cesse de rogner sur la gestion ouvrière qu’avait porté le CNR, notamment du fait alors de la prééminence de la CGT. Des ordonnances de 1967 au système du PLFSS et de l’Ondam, une étatisation rampante de la Sécu s’est imposée progressivement. Paradoxalement cette étatisation et la prééminence de grands groupes «assurantiels» en santé et prévoyance pourraient conduire à terme à une privatisation pure et simple de la Sécurité sociale.

Cela pose d’ailleurs une question quand nous nous proclamons, ce que nous sommes, les meilleurs défenseurs d’une Sécu de haut niveau.

Notre Mutualité ne devrait-elle pas, pour marquer sa spécificité, engager un vaste débat sur une AMO, réellement solidaire et démocratique, à l’image de ce dont nous nous réclamons. Défendre l’AMO, bien évidemment mais pas celle de gestion des pénuries publiques tandis que gonflent les profits des industries du médicaments et des grands acteurs de la médecine privée.

Fédérer les forces dynamiques de l’économie sociale et solidaire (ESS)

Côté Mutualité, la même question se pose de la place des adhérents dans nos institutions. Le président de la FNMF, à juste titre, insiste sur le nécessaire renouveau du militantisme mutualiste. Mais il ne peut ignorer que la constitution de mastodontes, telle que nous la voyons se développer, distend nécessairement le lien entre les héritiers des premiers mutualistes et des superstructures tiraillées entre engagements des dirigeants et impératifs gestionnaires.

Très souvent nous entendons le discours (et il nous arrive de le tenir) sur «renforcer notre lien aux adhérents». Soyons clairs : il s’agit le plus souvent d’actions de communication. Ne faudrait-il pas renverser la proposition et travailler sur le lien que peuvent encore avoir nos adhérents avec nous ? C’est à dire revenir à notre histoire, à nos fondamentaux : penser résolument en termes des femmes et des hommes qui sont la Mutualité.

La démocratie est notre essence, elle n’est pas un supplément d’âme.

Elle constitue, davantage encore que la qualité de notre offre, la défense de ce que nous nous proclamons être : un mouvement et non un assureur.

Les réunions de responsables et militants locaux, que nous tenons dans le cadre de la préparation de notre congrès, peuvent donner l’image d’une Mutualité vieillissante, peu féminine et ignorante de la diversité de notre société.

Les éléments de vocabulaires concourent à cet éloignement. Quand le mot client remplace l’usager, c’est la fin des services publics, quand le mot client remplace l’adhérent c’est la conception même du mutualisme qui est mis en cause : l’assurance prend le pas sur notre conception de solidarité, de démocratie, de proximité.

Nous avons dans notre mutuelle, mais nous ne sommes pas les seuls, une initiative intéressante sur l’intégration des jeunes adhérents, et des jeunes cadres : mais nous demeurons loin du compte.

Nos maisons accomplissent des progrès très réels dans la qualité de leurs interventions, de l’intégration des nouvelles technologies au service de nos adhérents et en premier lieu de leur santé et de leur bien-être.

Demain, il nous faut fédérer autour de notre Mutualité les forces dynamiques de l’économie sociale et solidaire (ESS), il nous faut également intégrer les jeunes dans notre démarche.

La remobilisation des adhérents doit progresser tant pour la défense de nos structures que pour celle d’une Sécu démocratique et solidaire.

Pierre Gros et Jacques Chemarin de Macif Mutualité

 

 

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