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Maintien de l'autonomie

Prise en charge des « salariés aidants » : un défi pour les entreprises

3 avril 2017

Les salariés aidants représenteront sous peu près 25% des actifs. Des bonnes pratiques d'accompagnement sont déjà développées par quelques entreprises pionnières. Toutes les entreprises doivent relever ce défi et promouvoir une culture d'aide aux salariés aidants.

Même si l’intrusion des aidants familiaux dans la sphère publique est relativement récente, leur prise en charge au sein des entreprises relève pourtant d’une réalité désormais solidement partagée par un nombre croissant de décideurs économiques. Développés par quelques entreprises pionnières au plan national et international, les processus d’accompagnement de ces salariés qui accompagnent un proche rendu dépendant par l’âge, le handicap ou la maladie se formalisent en effet de façon toujours plus affirmée et renforcée par l’urgence démographique actuelle et à venir.

Confrontées à un enjeu épidémiologique majeur – on estime que les salariés aidants représenteront sous peu près 25% des actifs – autant que portées par leur responsabilité d’employeur, les grandes entreprises sont de plus en plus nombreuses à prendre la mesure des défis qui s’imposent et à multiplier les accords favorisant une juste conciliation entre vie privée et vie professionnelle : aménagement des conditions de travail (dons de RTT ou du développement du télétravail,…), mise en place de services spécifiquement dédiés à cette population fragilisée (plateforme téléphonique, conseil personnalisé…), campagnes d’information et de sensibilisation, formation des managers….

Cette reconnaissance progressive résonne comme une formidable nouvelle à l’oreille de plus de 4 millions de nos concitoyens dont la vie au travail est souvent synonyme d’accroissement du stress et de la fatigue. Elle permet de mettre à jour une situation singulière de fragilité souvent consentie, dont la spécificité rejoint de plus en plus celle des nouvelles générations entrantes sur le marché du travail : poursuivre un projet personnel qui ne rejoint pas systématiquement celui de l’entreprise.

« On estime que les salariés aidants représenteront sous peu près 25% des actifs. »

Elle se présente aussi comme une source de promesses pour l’économie française : une politique drastique en faveur des salariés aidants pourrait ainsi conduire à réduire leur impact sur la productivité – aujourd’hui évalué à près de 6 milliards d’euros annuel soit presque ½ point de PIB – mais surtout à faire émerger les conditions d’un dialogue social renouvelé, de nature à réconcilier les Français avec leurs entreprises.

Profiter pleinement de l’influence positive de ces bonnes pratiques implique toutefois une condition : les partager le plus largement possible avec l’ensemble des acteurs économiques.

Or, les PME et TPE qui représentent près de la moitié de l’emploi et de la production de valeur dans notre pays, n’ont hélas ni la taille suffisante pour raisonner à grande échelle d’effectifs, ni la surface économique pour investir durablement sur ce sujet. Si l’on ne veut pas les exclure –et donc les pénaliser à terme – il devient urgent de faire sortir la dynamique engagée du cercle restreint des grandes entreprises initiées où elle demeure encore trop souvent.

« Il devient urgent de faire sortir la dynamique engagée du cercle restreint des grandes entreprises initiées où elle demeure encore trop souvent. »

Une des façons d’y parvenir, c’est de prendre appui sur les dispositifs déjà mis à jour, d’en tirer des conséquences en termes de méthode et d’évaluation, d’en faire émerger des modèles éprouvés qui puissent servir de source d’inspiration. Cela suppose de les identifier et de les comparer pour en faire ressortir les éléments les plus opérationnels et reproductibles. Cela suppose aussi d’en assurer la valorisation et la diffusion à l’échelle nationale et toujours au plus près du terrain.

C’est le sens du prix « Entreprise & Salariés aidants », lancé l’année dernière, qui récompense chaque année les meilleures pratiques développées dans notre pays. Soutenu par les pouvoirs publics, il constitue une passerelle entre le meilleur de l’innovation et son industrialisation à grande échelle. La seconde édition qui se tiendra le 5 octobre 2017 à Paris devrait ainsi permettre d’élargir le spectre des entreprises récompensées en permettant notamment aux plus petites d’entre elles, mais aussi aux structures de la fonction publique, de se positionner sur le sujet. En donnant une meilleure visibilité à l’accompagnement des salariés aidants en entreprise, cet événement appelle une démonstration urgente : moins on envisagera les salariés aidants comme une charge et plus on sera en mesure de faire de leurs compétences et de leurs capacités une véritable chance pour l’entreprise et, au-delà, pour la société toute entière.

Edouard de Hennezel,
Délégué général du Club autonomie et dépendance, bien vieillir ensemble et fondateur du prix « Entreprise et salariés aidants »

Thierry Calvat,
Sociologue, intervenant sur les questions de l’aide familiale et de solidarité de proximité