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Accès aux soins

Déserts médicaux : une nouvelle organisation des soins est nécessaire

13 mars 2017

Les déserts médicaux posent d'importantes difficultés dans l'accès aux soins pour tous. Le déploiement opérationnel des progrès technologiques, le décloisonnement des filières professionnelles, le développement de structures souples sont autant de leviers à actionner pour une nouvelle organisation des soins sur l'ensemble du territoire.

La dimension financière est pointée comme la principale difficulté d’accès aux soins, or il ne faut pas occulter le fait que la désorganisation de l’offre, et notamment la persistance d’un territoire dual, en est un facteur aggravant. Force est de constater que le territoire français est inégalitaire au point que certains territoires se retrouvent démunis de tout alors que d’autres concentrent à la fois les meilleures infrastructures de service public, la politique de bien-être la plus développée, le tout accompagné de professionnels de santé en nombre important (voire en surabondance) et d’infrastructures de soins de pointe.

Ces disparités s’expriment désormais aussi au sein même des lieux de vie. Ainsi à Paris, on compte 35 professionnels de santé dans le XVIIIe arrondissement contre près de 260 dans le VIIIe arrondissement. La conséquence  concrète et inquiétante a été exprimée récemment par Claude Evin: entre les deux terminus de la ligne 13, il existe une différence d’espérance de vie de 4 ans…

A cette hétérogénéité des territoires s’ajoute un phénomène de raréfaction médicale qui exige d’engager une réflexion globale sur l’organisation des soins, les besoins des populations et leurs attentes tout au long de leur parcours de santé et de vie.
Première mutuelle de France et offreur de soins et de services, nous sommes convaincus que ce partage inégalitaire de la santé n’est pas une fatalité et souhaitons prendre part au débat public pour accélérer les mutations. Face au développement des déserts médicaux dans les zones urbaines comme dans les zones rurales, il est urgent d’agir pour garantir l’accès aux soins dans la proximité.

« A Paris, on compte 35 professionnels de santé dans le XVIIIe arrondissement contre près de 260 dans le VIIIe arrondissement. »

Placer l’innovation au cœur du système de santé est un moyen et une opportunité d’y parvenir. Nous ne cédons pas en utilisant l’expression « innovation », à une sorte de fascination pour la technique. L’innovation comprend selon nous une utilisation optimale des outils numériques bien sûr, mais surtout la mise en place de pratiques nouvelles. Il est indispensable de réunir tous les acteurs de notre système de santé pour renouveler la manière de penser et d’agir ensemble.

Le premier levier est le déploiement effectif des progrès technologiques dans le parcours de soins. Les technologies numériques, en premier lieu la télémédecine, permettent de « rapprocher » les professionnels des lieux de vie et d’améliorer la rapidité de la prise en charge et le suivi des patients. De nombreuses expérimentations locales l’attestent, mais leur utilisation se heurte à deux obstacles principaux. D’abord celui de la formation et l’accompagnement des professionnels. Ensuite, celui du modèle économique de ces nouvelles pratiques qui peine encore à émerger.

Le second levier, c’est le décloisonnement des filières. Un grand nombre d’aspects sont uniquement appréhendés sous l’angle médical alors même que le maintien en bonne santé est parfois simplement lié à une bonne organisation autour de l’individu. Faire face, par exemple, au vieillissement de la population exige l’inclusion de nouvelles professions dans le parcours de soins qui ne peut plus se limiter aux seules professions médicales et paramédicales.

« Selon Claude Evin: entre les deux terminus de la ligne 13, il existe une différence d’espérance de vie de 4 ans… »

Aujourd’hui, les salariés de l’aide à domicile permettant aux personnes âgées de rester dans le lieu de vie auquel elles sont attachées, même en cas de perte d’autonomie, sont partie intégrante des professionnels devant intervenir dans le parcours de soins (garde-malade, agent à domicile, employé à domicile, auxiliaire de vie, technicien de l’intervention sociale et familiale etc). Il en est de même pour les services (livraisons de courses, portage de médicaments et de repas, aide administrative, aide à la mobilité et transport, services de téléassistance, etc.). La construction d’un parcours de vie en fonction -voire en anticipation- des besoins de la personne, nécessite d’organiser la coexistence de tous ces professionnels, de soutenir les démarches collaboratives, et de décloisonner des filières, en premier lieu celles de la santé, du social et du médico-social.

Le troisième levier est le déploiement de structures plus souples construisant un pont entre hôpital et médecine de ville. La mise en place de maisons de santé pluridisciplinaires sur les territoires va dans le sens d’un exercice différent de la médecine de ville par une collaboration dans un espace commun de différents professionnels intervenant pour les soins au patient (médecin traitant et spécialistes), mais leur apport peut encore aller au-delà d’une meilleure coordination. En couplant cette approche avec celle de l’utilisation de système d’information numérique, en dotant ces structures de moyens technologiques et en facilitant leur usage, nous pourrons entrer dans une véritable logique de parcours de vie des patients.

Anne-Julie Clary et François Rosso
Membres du Comex d’Harmonie mutuelle