croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Accès aux soins

Déserts médicaux : le grand plan d’investissement n’y fera rien

Peggy Wihlidal 2 novembre 2017

Le 25 septembre dernier, le Premier ministre, Edouard Philippe, a présenté son grand plan d’investissement (GPI) : 57 milliards pour accompagner les réformes structurelles de notre pays et répondre aux grands défis qui se présentent à lui. Pourtant, ce plan ne répond pas aux enjeux posés aujourd’hui par la désertification médicale.

Le grand plan d’investissement (GPI) présenté le 25 septembre par le Premier ministre prévoit 57 milliards d’euros d’investissement public sur le quinquennat : 4,9 milliards sont réservés à l’accélération de la numérisation du système de santé et de la cohésion sociale. Il s’agit notamment de développer les maisons de santé dans les territoires en manque de médecins, de moderniser les équipements hospitaliers et de soutenir la recherche médicale.

L’essentiel de l’enveloppe est dédié à l’hôpital, qui en a un besoin criant.

450 millions d’euros sont destinés à la médecine de ville. En dépit du déséquilibre de répartition ville-hôpital, il s’agit là aussi, a priori, d’une bonne nouvelle … pour qui veut déployer une maison de santé ou mettre en œuvre des solutions de télémédecine.

Les véritables besoins de la ville sous-estimés

Pour autant, le besoin primordial en médecine de ville est dans la garantie de l’accès aux soins de la population. Celui-là même qui est rendu difficile voire impossible dans des zones toujours plus importantes et pour près de 12 millions de personnes. Celles-ci rencontrent des difficultés à se soigner au quotidien, à voir un médecin généraliste quand elles en ont besoin alors même que chaque jour les médecins généralistes « déplaquent » sans être remplacés et qu’une pharmacie ferme tous les deux jours.

Nous qui finançons la santé par nos impôts et cotisations, voyons notre droit à la santé remis en cause. Que l’on se place du point de vue de la justice, de l’égalité ou de la cohésion sociale, le gouvernement doit également apporter des réponses aux Français sur ce sujet de l’accès aux soins.

Les investissements en santé du GPI prennent une mauvaise direction pour répondre à cet enjeu. Le doublement des maisons de santé ne constitue en rien une réponse aux besoins des déserts médicaux. Celles-ci ne sont implantées dans les zones difficiles qu’à la marge et elles concernent moins de 5% des professionnels de santé. Leur doublement ne répondra pas au défi majeur de l’accès aux soins de proximité des millions de français qui en sont exclus.

Chaque jour les médecins généralistes « déplaquent » sans être remplacés et une pharmacie ferme tous les deux jours.

L’urgence est de concentrer les efforts sur les professionnels de santé des zones difficiles et de mener en leur faveur une politique publique de soutien, prolongée et spécifique.

Les professionnels de santé des zones difficiles sont trop peu nombreux, débordés et sans perspectives. La carte (des maisons de santé) ne correspond pas à un pays qui demeure marqué par les difficultés propres aux professionnels de santé débordés.

 Les conditions de succès d’un plan de télémédecine

Pour que la télémédecine constitue une solution de facilitation à l’accès aux soins, de nombreuses conditions doivent être réunies.

La télémédecine repose sur l’inclusion de la médecine de ville dans le cadre d’un parcours de soins décloisonné (médecine de ville – hôpital – médico-social). La réussite de cette action dépend étroitement des réactions des médecins libéraux face à la réorganisation de leur pratique. Seront-ils prêts à coopérer avec les acteurs compétents dans le but de mettre en œuvre la stratégie de déploiement ?

Par ailleurs, le risque que le soutien à la télémédecine soit moins un soutien à l’innovation technologique au service des usagers qu’un instrument de renouvellement de l’action publique demeure entier.

De fait, pour qu’il impacte véritablement, le déploiement de la télémédecine implique une recomposition de la répartition des responsabilités des professionnels de santé. La délégation et la nouvelle répartition des missions en font intégralement partie.

Enfin, une double condition demeure : une enveloppe réservée à la formation des professionnels de santé en pluriprofessionnalité pour l’utilisation de la télémédecine est un impératif absolu afin de permettre l’appropriation de cette nouvelle façon de travailler et un accompagnement du patient au travers d’un discours des pouvoirs publics incitant à participer pleinement au changement en contrepartie d’une amélioration de l’accès et de la qualité des soins.

En réservant le grand plan d’investissement pour la santé à l’hôpital, au doublement des MSP et à la télémédecine, le gouvernement envoie un signal négatif aux professionnels de santé des zones difficiles. Poursuivre une telle politique participe de l’accroissement incessant des déserts médicaux.

Peggy Wihlidal