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Désertification médicale : et si nous osions changer de méthode ?

19 décembre 2016

Il n'est pas réaliste d’imaginer que les pouvoirs publics puissent, de force, décider à la place des médecins eux-mêmes leur lieu d’exercice, Deux pistes nouvelles pourraient être creusées pour lutter contre la désertification médicale. La première consisterait à faire prendre en charge les frais d’installation des jeunes médecins par l’assurance maladie obligatoire, les complémentaires santé et les pouvoirs publics. La seconde consiste à développer la pratique des téléconsultations.

Lorsque le débat public aborde la question des difficultés d’accès des Français à la médecine, la référence est, trop souvent, uniquement faite au cas du médecin de campagne parti à la retraite et non remplacé. Il est alors aisé de penser la « désertification médicale » comme un problème de la ruralité.

S’il s’agit effectivement d’une réalité pour des millions de Français qui doivent consulter plus loin de chez eux et attendre plus longtemps qu’auparavant, c’est pourtant loin d’être la seule. En banlieue, la démographie médicale n’est souvent pas meilleure.

Entre deux communes voisines, les disparités peuvent être plus fortes qu’entre deux régions. A Paris et alentour, dans certaines spécialités, le problème n’est souvent pas tant de trouver un médecin que d’en trouver un qui ne pratique pas de dépassement d’honoraires. Enfin, dans certains territoires, les généralistes sont présents en nombre suffisants mais pas les spécialistes.

« On ne peut pas se contenter de solutions qui feraient porter l’effort uniquement sur les jeunes médecins. »

Il est donc illusoire de penser que « remettre des médecins dans les campagnes » serait la solution. Ce serait apporter une réponse partielle à une question mal posée. Il s’agit, pourtant, de celle que les gouvernements, de droite comme de gauche, à des niveaux divers, tentent régulièrement en proposant aux jeunes médecins des primes d’installation. Sans effet notoire.

Il ne serait pas plus réaliste d’imaginer que les pouvoirs publics puissent, de force, décider à la place des médecins eux-mêmes leur lieu d’exercice, contre les principes fondamentaux de la médecine libérale. Ce n’est ni souhaitable ni politiquement réalisable. Il faut aller vers des solutions pragmatiques, ingénieuses, réellement incitatives mais non-coercitives, qui répondent à l’ensemble des dimensions de la désertification, et qui soient à la fois satisfaisantes pour les médecins et utiles aux populations. Deux pistes nouvelles pourraient être creusées.

La première consisterait à faire prendre en charge les frais d’installation des jeunes médecins (principalement les coûts du cabinet) par l’assurance maladie obligatoire, les complémentaires santé et les pouvoirs publics, État et collectivités locales. L’idée serait ainsi d’exclure les coûts d’organisation des honoraires afin que ceux-ci ne portent que sur le soin, l’expertise médicale et le temps accordé par le médecin à son patient.

Pour les médecins, ce serait une aide réellement significative, une revalorisation de leurs revenus notamment pour ceux qui appliquent les tarifs Sécu. Pour les patients, ce serait une garantie que les frais immobiliers ne soient pas répercutés dans les honoraires. Pour l’assurance maladie obligatoire et complémentaire, ce serait l’occasion de revisiter complètement la structure du financement de la médecine de ville, au travers de nouveaux accords conventionnels. Pour les pouvoirs publics, qui auraient de fait la main sur les créations de cabinets, ce serait, enfin, un levier de régulation.

« Un dialogue tripartite entre l’assurance maladie obligatoire, les complémentaires santé et les médecins. »

La seconde concerne les médecins déjà installés dans les zones sur-dotées. Ils pourraient être incités à pratiquer des téléconsultations pour leurs confrères des régions sous-dotées. Un cardiologue niçois soulagerait ainsi un confrère picard dont le temps de travail hebdomadaire explose. Pour mettre en œuvre un tel dispositif de télémédecine, qui rééquilibrerait le « temps médical disponible » entre les régions, le frein n’est pas technologique ou médical, il est culturel et réglementaire. La technologie existe, elle est très largement disponible. Il faut rassurer les patients et leur montrer que suivre une affection de longue durée ou livrer un premier diagnostic est maintenant possible à distance. Au contraire, la consultation à distance leur ouvre l’accès à davantage de praticiens et donc à une prise en charge améliorée.

Les pouvoirs publics doivent changer de méthode dans l’intérêt des Français. La première piste repose sur : les gouvernements de gauche comme de droite n’en ont jusqu’à présent jamais voulu. La seconde impose de faire confiance au progrès technologique et de débrider la télémédecine.

La responsabilité politique est considérable car, accéder plus facilement à un médecin, c’est mieux se soigner en cas d’urgence mais c’est aussi bénéficier de davantage de prévention, mieux suivre une pathologie de longue durée, éviter qu’un problème bénin ne s’aggrave. C’est construire un système de santé plus efficient, plus vertueux, qui garantirait non pas une espérance de vie longue mais une espérance de vie longue et en bonne santé.

Par Eric Chenut
Militant mutualiste