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Maintien de l'autonomie

Dépendance des seniors : un constat préoccupant en Guadeloupe

10 février 2017

Selon l’Insee, la Guadeloupe sera le 3e département français le plus âgé en 2040, après la Martinique et la Corse. Les seniors pourraient représenter quatre habitants sur dix. Le vieillissement de la population guadeloupéenne pose d’ores et déjà la question de la dépendance dans un contexte difficile de sous-dotation régionale.

La population de la Guadeloupe vieillit rapidement. De 1999 à 2005, « l’indice de vieillissement » avait progressé de 12 % en Guadeloupe, quand dans le même temps il reculait de 2 % en France hexagonale et de 12% en Guyane. Quant au « taux de dépendance au vieillissement », il est en progression continue  depuis le début des années 1990 et son rythme ira en s’accélérant ces prochaines décennies, jusqu’à dépasser largement celui de la métropole à l’horizon 2030.

Sur l’échelle des départements dont la population est la plus âgée, la Guadeloupe arrivera en 3e position en 2040 derrière la Martinique et la Corse, selon l’Insee. Les séniors pourraient représenter alors quatre habitants sur dix.

Or, les enjeux du vieillissement ne se réduisent pas à une simple question d’équilibre entre les âges. Ils touchent à l’état de santé des populations, à leurs conditions de vie et à la mise en œuvre des solidarités intergénérationnelles. Ils sont aussi en rapport étroit avec les politiques publiques mises en œuvre pour répondre aux besoins des populations concernées.

De fortes inégalités d’attribution des moyens
On peut s’interroger sur la capacité de la société guadeloupéenne à faire face à ces enjeux. Car il existe de fortes inégalités entre la population guadeloupéenne et celle de la France hexagonale, tant en ce qui concerne la santé des populations que des moyens publics susceptibles d’être mis en œuvre pour la prise en charge des besoins. Le risque le plus important du vieillissement réside dans les situations de dépendance où pourraient se trouver les personnes concernées.

La réponse institutionnelle à cette situation est, d’une façon générale, déficiente. Seule une très faible minorité des individus en état de dépendance est prise en charge par une structure institutionnelle En 2011, 91 % des allocataires de l’Apa vivaient à domicile (contre 60 % en France hexagonale), souvent dans un logement de grande taille, mal adapté à leur situation de dépendance. Si c’est parfois une ferme volonté de demeurer dans leur cadre familier, la réalité est qu’il s’agit plus souvent d’une contrainte que d’un choix.

Pour de nombreux séniors dépendants, face aux coûts des Ehpad ou des maisons d’accueil, le maintien à domicile demeure la seule alternative, dans les conditions difficiles : isolement, domicile non adapté, aide à la personne réduite, etc.

Peu de structures d’accueil
Selon une étude de mars 2013 de l’Observatoire régional de la santé en Guadeloupe (Orsag), au 1er janvier 2012, la Guadeloupe était moins bien pourvue que la France hexagonale en places de structures d’hébergement pour personnes âgées. Elle disposait en moyenne de 36 places en structures d’hébergement complet et de 30 lits médicalisés pour 1 000 personnes âgées de 75 ans ou plus alors que la France hexagonale en comptait respectivement 127 et 103. Parallèlement, elle était légèrement mieux dotée en places de services de soins à domicile : 25 places pour 1 000 personnes âgées de 75 ans ou plus contre 20 dans l’Hexagone.

« Cette carence de structures collectives adaptées ne peut en rien se justifier par de soi-disant traditions culturelles, qui voudraient que les personnes âgées préfèrent rester à leur domicile ; et cela au détriment de  l’entourage familial. »

La loi vieillissement en Guadeloupe
La loi du 28 décembre 2015 sur l’adaptation de la société au vieillissement  est le fruit d’une prise de conscience nationale de ces enjeux. Elle prévoit notamment une amélioration de l’Apa à domicile, la reconnaissance et le soutien aux proches aidants à travers le droit au répit, la réforme du congé de soutien familial qui devient congé de proche aidant, un renforcement de la transparence et de l’information sur les prix pratiqués en Ehpad et un développement des politiques de prévention portées par la conférence des financeurs : conseil départemental, ARS, caisses de retraites, mutuelles, etc.

Le maintien à domicile devient une priorité. Le gouvernement alloue 700 millions d’euros annuels à ces mesures, financées par la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (Casa). Les départements ont en charge la mise en œuvre de la revalorisation de l’Apa et du droit au répit. Les communes mettent en œuvre l’accessibilité urbaine et des transports.

Quelle sera l’incidence de cette loi sur la situation des séniors dépendants de la Guadeloupe ? Si l’ambition de la loi, à savoir anticiper les conséquences du vieillissement de la population, est partagée par tous, de réelles craintes existent quant à son application effective.

Nestor Bajot
Président de la Mutualité Française Guadeloupe

 

Dépendance physique et psychique

La dépendance désigne généralement la perte d’autonomie physique et se traduit par l’incapacité pour une personne d’effectuer seule les gestes essentiels de la vie quotidienne : se laver, s’habiller, se déplacer, faire la cuisine, etc. Elle peut aussi se traduire par une perte d’autonomie mentale : se situer dans le temps, savoir discuter et se comporter de façon cohérente. Ces fragilités physiques et/ou psychiques sont souvent, à la fois beaucoup plus fréquentes et nettement plus précoces en Guadeloupe qu’en France hexagonale.

Lire aussi la tribune intitulée « Dépendance des seniors : un constat préoccupant de la Guadeloupe ».