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Maintien de l'autonomie

Dépendance des seniors : cinq propositions de la Mutualité Française de Guadeloupe

10 février 2017

La Mutualité Française de Guadeloupe soumet cinq propositions pour faire face aux défis posés par le vieillissement de sa population et la prise en charge de la dépendance. Elles appellent un engagement des acteurs du système de santé et des pouvoirs publics.

Le vieillissement de la population guadeloupéenne impactera notre société en termes d’accès aux soins, de liens de solidarité ou de structuration de notre économie. Des solutions existent afin d’éviter des interventions plus lourdes, couteuses et non appropriées aux besoins de cette population. Les cinq propositions de la Mutualité Française de Guadeloupe.

Proposition n°1 : Créer des structures mutualistes pour les personnes en perte d’autonomie
Les mutuelles sont des sociétés de personnes à but non lucratif qui au moyen des cotisations de leurs membres, mènent dans l’intérêt de ceux-ci et de leurs familles, des actions de prévoyance, de solidarité et d’entraide. Or depuis une dizaine d’année, ces organismes subissent une taxation de plus en plus forte de ces cotisations qui sont leur source essentielle de financement.

Les mutuelles ne sélectionnent pas leurs adhérents aux motifs de l’âge, de l’évolution de l’état de santé ou du niveau de vie. Toutes leurs actions s’appuient sur des principes de solidarité, de liberté, de démocratie et d’indépendance.

La Mutualité Française de Guadeloupe constitue une véritable force économique en fédérant 23 mutuelles de santé qui protègent  177 000 personnes.

Avec plus d’une centaine d’actions mises en œuvre chaque année, elle est un acteur majeur de prévention et de promotion de la santé reconnu par les services de l’Etat, l’ARS, l’assurance maladie, les collectivités locales,  les acteurs de  santé  et  le  grand  public. Ces éléments constituent  autant  de  leviers permettant de développer des services d’accompagnement des personnes âgées de qualité et financièrement accessibles au plus grand nombre.

Il est donc proposé dans ce cadre, de faciliter la création de petites unités expérimentales d’accueil des personnes dépendantes qui seront déployées sur l’ensemble du territoire, et particulièrement dans les zones rurales en perte de population : Nord Grande-Terre, Côte sous le vent, Marie-Galante, Désirade, les Saintes. A l’intérieur de ces structures seraient notamment adossés un accueil de jour et une maison de répit. Par leur implantation et leur organisation, ces unités constitueront autant de lieux de professionnalisation pour des jeunes souhaitant se former dans ce secteur.

Par ailleurs et dans le cadre de démarches expérimentales, des partenariats financiers (associant l’Etat, l’ARS, les collectivités locales et les mutuelles) doivent être encouragés afin de mettre en place ce modèle de structures adaptées aux réalités de notre territoire.

Proposition n°2 : L’ESS, pivot de la « Silver économie »
En dépit de la loi n°214-856 du 31 juillet 2014 qui définit les entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS), ce mode d’entreprendre est encore mal connu. L’objectif est donc de s’appuyer sur ce modèle pour favoriser des projets destinés aux séniors.

Même si la région et l’Etat sont des acteurs majeurs dans la mise en œuvre de ces politiques, tous les niveaux de collectivité (intercommunalités, communes)  doivent être concernés, sans oublier la participation citoyenne.

« Pour ce faire, la place des mutuelles dans les instances de coordination et de financement des acteurs de l’ESS doit être renforcée et sanctuarisée. »

La stratégie de l’Union européenne pour les 10 ans à venir s’appuie sur une croissance intelligente, durable et inclusive afin d’assurer des niveaux élevés d’emploi, de productivité et de cohésion sociale. Dans ce cadre, le soutien aux entreprises sociales constitue un axe important qu’il convient de traduire, avec l’appui des fonds européens, dans des démarches locales à expérimenter dans les domaines suivants :
– l’accès à des financements solidaires,
– l’adaptation du cadre juridique de ces entreprises solidaires
– l’amélioration de la visibilité des services et activités rendus.

Ces expérimentations sont autant d’opportunités permettant à des entrepreneurs de l’ESS de développer une filière de services utiles au profit des personnes âgées en s’appuyant sur le modèle mutualiste.

Proposition n°3 : Faciliter les liens intergénérationnels
Les relations entre les générations sont aujourd’hui distendues. Les aînés ne comprennent pas les jeunes générations et se disent inquiets pour l’avenir de ces derniers. De leur côté, les jeunes déplorent le manque d’échanges avec leurs aînés ou de soutien que ces derniers pourraient leur apporter.

Dans ce contexte, en s’appuyant notamment sur la généralisation annoncée du service civique, il s’agit de favoriser le rapprochement entre les générations. Ce rapprochement se traduira par l’affectation de jeunes à des missions d’intérêt général auprès des séniors et en retour pour ces derniers d’aider à des tâches d’animation auprès des jeunes tournées vers le partage et la transmission des valeurs et traditions.

Les mutuelles en partenariat avec des acteurs publics et privés pourraient favoriser ces dispositifs en coordonnant le déploiement d’actions visant à répondre à des problématiques de maintien dans le logement, de rupture de l’isolement des personnes âgées ou de repères éducatifs à donner aux jeunes.

L’approche expérimentale de ce type de démarche doit être favorisée et ouverte aux mutuelles en s’appuyant sur des financements croisés : Etat, collectivités locales, financement solidaire.

Proposition n°4 : Améliorer les politiques de logement
Le logement constitue un enjeu majeur de cohésion sociale et de qualité de vie de nos concitoyens, particulièrement les populations les plus fragiles.

Les besoins dans nos territoires sont particulièrement élevés, car liés à un déficit de logements locatifs sociaux constaté après des retards pris dans la construction des programmes, et à un parc de logements dégradés et non adaptés  au vieillissement des populations.

Il est donc proposé de réunir au sein d’une conférence régionale annuelle les différents partenaires de la politique du logement pour établir un accord local visant la construction, la réhabilitation et surtout pour ce qui concerne notre problématique, l’adaptation du parc social et privé selon une programmation arrêtée en concertation.

Dans ce cadre, les moyens de financement de l’Etat (ligne budgétaire unique et aides fiscales à l’investissement) doivent être orientés vers des programmes d’adaptation des logements, en sus de la construction neuve et de la réhabilitation.

Des contrats d’objectifs, associant les collectivités locales, particulièrement le Conseil départemental, l’Etat, les opérateurs et les agences de l’Etat doivent permettre d’expérimenter des programmes d’adaptation des logements des personnes âgées en s’appuyant sur des dispositifs innovants : chantiers d’insertion, transferts de savoir-faire, actions solidaires dans le cadre de l’auto construction encadrée.

Par ailleurs, ces dispositifs pourraient concerner des programmes d’habitats collectifs adaptés aux populations vieillissantes : pension de famille, résidence sociale, résidence partagée entre  personnes âgées et étudiants, agences immobilières sociales.

Proposition n°5 : Renforcer les coopérations hospitalières
Il s’agit d’assurer une continuité entre les soins prodigués par les établissements hospitaliers et les soins de ville pour assurer la permanence des soins des personnes âgées.

Ainsi la prise en charge coordonnée, de l’admission à la sortie, doit être une mission pleinement assumée par les établissements hospitaliers dans le cadre d’un réseau associant les professionnels de santé de proximité.

A cet effet, il est proposé que des financements spécifiques soient octroyés au développement de maisons de santé pluridisciplinaires dans le cadre de conventions signées avec l’assurance maladie. Le développement de ces structures doit se faire prioritairement dans les territoires touchés par la désertification médicale. Ainsi sera évité l’engorgement des urgences hospitalières souvent détournées de leurs objets  ou missions par une population confrontée à des difficultés d’accès aux soins.

Retrouver la Tribune de Nestor Bajot intitulée « Dépendance des seniors : un constat préoccupant en Guadeloupe ».

 

Résumé des cinq propositions

  1. Garantir les moyens donnés aux mutuelles afin de créer des structures d’accueil et de prise en charge des personnes en perte d’autonomie.
  2. Permettre  au  secteur  de  l’économie  sociale  et  solidaire  (ESS)  de  jouer  un  rôle  pivot  de structuration d’une Silver économie répondant aux nouveaux besoins d’une société qui vieillit.
  3. Faciliter et stimuler les liens intergénérationnels en s’appuyant sur l’engagement civique des jeunes Guadeloupéens.
  4. Améliorer les politiques de logement en prenant en compte la nécessaire adaptation du mode d’habiter à la transition démographique touchant l’archipel.
  5. Renforcer les coopérations hospitalières afin de faciliter la permanence des soins et la prise en charge des personnes à la sortie de l’hospitalisation.

Pour chacune de ces propositions, la Mutualité Française de Guadeloupe entend s’appuyer sur divers leviers, identifier des partenaires et des territoires d’expérimentation, ainsi que de nouvelles modalités de mise en œuvre.

Nestor Bajot
Président de la Mutualité Française Guadeloupe